Πέμπτη, 26 Απριλίου 2012

Nicolas Bouvier 4 poems





Nicolas Bouvier (March 6, 1929 - February 17, 1998) was a 20th-century Swiss traveller and writer as well as an iconographer and photographer.





FERMETURE DU MARCHÉ

«Un peu de couleur et d’élan
de beauté et  de mystére
vos airs battus, vos dos ronds
et vos histoires à la con
j’ en ai plus rien à faire. . .»
dit la femme en brisant son verre
puis elle sorti son mouchoir et pleura

D’ordinaire, elle ne parle pas
mais c’est l’ idée qui l’a frappeé comme ça
devant son quart de biére
que la même vie avec les  mêmes
pourrait   être  comme  de la  soie
comme une musique continuelle
comme si la vie. . . mon Dieu!

Déjà tous les yeux du café la regardent
les cartes levées des joueurs
retournent vers la table
et chacun à sa propre mort
déjà elle n’est plus bien certaine

Sur nos écuelles sales, sur nos tétes rasées
et sur nos droguets d’assassins
s’étend le ciel immuablement bleu
parfois du coin de l’oeil on l’aperçoit
puis on l’oublie

                                                 Bosnie,1974

TROIS NOTES DE CLARINETTE

Le menuisier arménien
transporte son instrument
dans une jolie boîte en poirier

Navets bouillis dans  leur sang
et gâteaux parfumés au citron
casquettes et gourdins
cheval de fiacre un oeillet de papier sur l’oreille
fenêtre noire
carreaux gelés où s’inscrivaient les astres
chemin boueux qui menait vers le ciel
Tabriz 

                                                     Azerbaïdjan,1953

HÔTEL

De petits bouts de savon sale
semés un peu partout
et la moitié d’un étron sec
sur la lunette des cabinets
et ce matin sur les draps propres
la petite  tache de sang des punaises
mais le lit était bon
J’ai dormi comme un roi quand même
six heures et quart
écartant les tentures du sommeil
fusées, rires enfantins
cascades de voix intenses, hurlements
C’est le début de l’ école
juste sous ma fenêtre
la cour est pleine de gamines à tresses
qui mangent leur riz
sur de grandes feuilles de bananier
qui me montrent du doigt
font des grimaces, m’appellent, pouffent
Les petits garçons se roulent ces cigarettes au girofle
qui sont les plus fortes du monde
Puis tout est suspendu, tous se rassemblent
se mettent en rang
une immense clameur excitée: salut au drapeau
Mégot collé à la levre on s’en fout

                                                                  Solo,juillet 1970

EMPLOI  DU TEMPS

C’est l’été le plus chaud du siècle
le jour le plus chaud de  l’été
les ouvrières  ont la nuque rasée
et des éventails en papier

Au terminus de la ligne 23
ce matin j’ai appris dix caractères chinois
je suis monté dans set autobus rose
qui passe un col à l’ombre des bambous
marché le long de la rivière
marché, nagé et maintenant:
le soleil est un fil à plomb
au fil de l’eau passent une figue mordue
les plumes d’un poulet tué par le faucon
rainettes, salamandres, libellules
le ciel est une éponge grise
trois montagnes font le dos rond

Sur les bornes de la riziere
il est écrit que la vie est fumée
j’en ferai ma fumée à moi
allongé au frais dans ce cimetiere
entre Ayabé et Miyama
j’ai oublié dix caractéres chinois

                      Kyoto-ken,juin 1970